L’attente en adoption : pourquoi est-elle si particulière ?

Publié par Jordan BOURGET le

Attendre.

Un appel.
Une proposition.
Une rencontre.
Une date.
Une nouvelle étape.

Dans un parcours d’adoption, l’attente peut prendre une place considérable.

Elle commence parfois bien avant que l’enfant soit connu. Elle peut se prolonger après l’apparentement, alors que son prénom, son visage ou son histoire commencent déjà à prendre une place très concrète dans les pensées des futurs parents.

Et contrairement à ce que l’on imagine parfois, attendre ne signifie pas simplement patienter jusqu’à ce que quelque chose arrive.

L’attente en adoption est une période particulière, parce qu’elle mêle le désir, l’incertitude, les projections et l’impossibilité de savoir précisément quand — ou comment — le projet prendra forme.

La revue Accueil, consacrée à cette question, souligne d’ailleurs combien cette temporalité est singulière pour les adoptants, mais aussi pour les enfants, les éventuels frères et sœurs et l’entourage.


Une attente qui ne ressemble pas à une autre ⏳

Dans de nombreux projets familiaux, attendre signifie connaître au moins approximativement ce qui va arriver.

Une grossesse permet de suivre une évolution dans le temps. Une naissance a une échéance, même si elle reste imprévisible.

Dans l’adoption, cette temporalité est différente.

Après l’agrément, les futurs parents peuvent avoir peu de visibilité sur la suite de leur parcours. La durée d’attente varie selon les situations et les voies d’adoption. Il n’est donc pas possible de donner à toutes les familles un calendrier type.

C’est précisément cette incertitude qui peut rendre l’attente particulièrement éprouvante.

Le ministère des Solidarités rappelle par ailleurs que l’adoption d’un enfant privé durablement de sa famille s’inscrit dans une démarche de protection de l’enfance. Le projet des adultes rencontre donc celui d’un enfant, dont les besoins et la situation doivent rester au centre de la décision.

L’attente n’est donc pas seulement celle de futurs parents qui espèrent devenir une famille.

C’est aussi le temps d’un enfant qui attend qu’une solution correspondant à ses besoins puisse être construite.


L’attente est faite d’incertitude 🤷‍♂️

C’est peut-être ce qui la distingue le plus.

On peut préparer une chambre sans savoir quand ou si elle sera occupée.

On peut lire des tas de livres sur l’adoption sans savoir quelle sera l’histoire de son enfant.

On peut réfléchir à son rôle de parent sans connaître encore la personnalité, l’âge ou les besoins de celui qui rejoindra peut-être la famille.

Et parfois, les questions restent sans réponse :

Quand cela arrivera-t-il ?

Quel enfant rencontrerons-nous ?

Dans quelles circonstances ?

Comment se passera la rencontre ?

Serons-nous prêts ?

Cette absence de visibilité peut être très difficile à supporter.

Elle peut également rendre les projections particulièrement puissantes.


Quand l’enfant existe déjà dans les pensées 💭

L’une des particularités de l’attente adoptive est que les futurs parents peuvent commencer à imaginer leur enfant alors qu’ils ne le connaissent pas encore.

Un âge.

Un prénom.

Une chambre.

Une activité.

Une première rencontre.

Une vie de famille.

Cette projection est humaine.

Elle permet parfois de donner une réalité au projet.

Mais elle peut aussi devenir source de souffrance lorsque la réalité ne correspond pas à ce qui avait été imaginé.

Se préparer ne signifie donc pas prévoir son enfant.

C’est plutôt apprendre à accueillir celui qui sera réellement là.


L’attente peut aussi transformer le projet 🏗️

L’attente n’est pas nécessairement une période pendant laquelle rien ne se passe.

Elle peut être l’occasion de continuer à réfléchir au projet, de se former, de lire, de rencontrer d’autres familles, d’échanger avec des professionnels ou de participer à la vie associative.

La revue Accueil n°217, Les chemins de l’attente, évoquait justement cette possibilité de transformer le temps d’attente en ressource : formations, lectures, engagement associatif ou accompagnement peuvent donner du sens à cette période.

Cela ne signifie évidemment pas que toute attente doit être « productive ».

On a aussi le droit de trouver l’attente longue, frustrante ou décourageante.

Il n’est pas nécessaire de transformer chaque moment difficile en occasion de développement personnel.


L’attente peut avoir plusieurs visages 😂😳😨🤨😀

Une même famille peut traverser plusieurs périodes très différentes.

Il peut y avoir :

L’enthousiasme

« Ça y est, notre projet devient concret. »

Puis :

L’impatience

« Combien de temps allons-nous encore attendre ? »

Puis :

Le doute

« Est-ce que cela arrivera vraiment ? »

Puis parfois :

Le découragement

« Nous avons l’impression que notre vie est suspendue. »

Et de nouveau :

L’espoir.

Ces émotions peuvent coexister.

Il n’existe pas une manière correcte de vivre l’attente.


Et l’enfant, lui aussi, peut être dans l’attente 🧒

C’est un point essentiel.

Lorsque l’on parle d’attente en adoption, il est facile de ne parler que des futurs parents.

Pourtant, certains enfants concernés par l’adoption connaissent eux aussi des périodes d’attente et d’incertitude : attente d’une décision, d’une famille, d’une rencontre, d’un changement de lieu de vie ou simplement d’une réponse sur leur avenir.

Le temps de l’enfant n’est pas nécessairement celui des adultes.

C’est pourquoi l’attente ne peut pas être pensée uniquement à partir du désir des futurs parents.

Au cœur du projet reste toujours l’intérêt et les besoins de l’enfant.


L’entourage ne comprend pas toujours cette attente 🙈

« Alors, vous avez des nouvelles ? »

« Toujours rien ? »

« Ça ne devrait plus tarder maintenant… »

« Vous devez être impatients ! »

Ces phrases partent généralement d’une bonne intention.

Mais répétées pendant des mois, elles peuvent devenir pesantes.

Car comment répondre à une question lorsqu’on ne connaît soi-même pas la réponse ?

L’entourage peut également avoir du mal à comprendre pourquoi une famille continue à parler d’un enfant qui n’est pas encore là.

Pour les futurs parents, pourtant, le projet existe déjà.

Il faut parfois apprendre à expliquer cette temporalité particulière.

Nous y reviendrons dans un prochain article du dossier.


💡 En pratique

Pendant l’attente, il peut être utile de distinguer trois choses :

Ce que je peux contrôler

Mes démarches, mes informations, ma préparation, les personnes que je choisis comme soutien.

Ce que je peux préparer

Mon logement, mon organisation, mes connaissances sur l’adoption, ma manière de parler du projet à mon entourage.

Ce que je ne peux pas contrôler

La durée exacte de l’attente, le moment d’un apparentement, les décisions prises dans le cadre de la procédure ou l’histoire de l’enfant qui me sera éventuellement confié.

Cette distinction paraît simple.

Elle peut pourtant aider à ne pas consacrer toute son énergie à ce qui échappe à notre contrôle.


🔎 Le saviez-vous ?

Il n’existe pas un seul « temps de l’attente » en adoption.

Les futurs parents, les enfants concernés, les frères et sœurs déjà présents dans la famille et l’entourage peuvent tous vivre cette période différemment.

La revue Accueil n°217, Les chemins de l’attente, a choisi d’explorer précisément ces différentes temporalités dans son dossier consacré à l’attente.


Ce que nous retenons chez EFA63 👍

L’attente fait partie du parcours.

Mais elle ne devrait pas devenir toute la vie.

Il est possible d’espérer sans rester suspendu à son téléphone.

De préparer son projet sans imaginer chaque détail.

De se réjouir lorsque les choses avancent et d’être découragé lorsqu’elles n’avancent pas.

De parler de son projet sans avoir à en parler constamment.

Et surtout, de ne pas traverser cette période seul.

C’est aussi l’une des raisons d’être d’une association comme EFA63 : permettre aux familles de rencontrer des personnes qui connaissent cette temporalité particulière, d’échanger, de partager leurs expériences et de trouver des ressources lorsque l’attente devient difficile.


Pour aller plus loin 👀

Ce premier article ouvre notre dossier « L’attente en adoption ».

Dans les prochaines semaines :

👉 Vivre l’attente sans mettre sa vie entre parenthèses

👉 Se préparer à l’arrivée de l’enfant sans tout imaginer

👉 Quand l’attente devient lourde : comment savoir qu’on a besoin de soutien ?

🎙 Et bientôt, dans Les voix de l’adoption, une famille racontera son expérience de l’attente.


Sources : Enfance & Familles d’Adoption, revue Accueil, n°217, dossier « L’attente en adoption »; Ministère des Solidarités, « Adopter un enfant », mise à jour du 1er octobre 2025; France Enfance Protégée / ONPE, Les enfants pupilles de l’État – Édition 2025.


Jordan BOURGET

Webmaster, rédacteur web