Vivre l’attente sans mettre sa vie entre parenthèses
Après l’agrément, le projet d’adoption continue, mais son calendrier reste incertain.
Les journées, elles, continuent pourtant de s’enchaîner : travail, repas, sorties, vacances, projets, anniversaires, rencontres avec les proches…
Et au milieu de tout cela, une question reste présente :
Quand notre enfant arrivera-t-il ?
L’attente peut alors prendre une place considérable. On peut avoir le sentiment d’avancer dans sa vie tout en gardant une partie de soi tournée vers une nouvelle que l’on ne maîtrise pas.
Dans son dossier consacré à l’attente en adoption, la revue Accueil explore justement cette période sous différents angles : les temporalités de l’attente, les projections, la préparation, mais aussi la manière dont les familles peuvent traverser cette période.
Alors, comment continuer à vivre lorsque l’avenir familial reste incertain ?
L’attente n’est pas une vie en suspens ⏯️
Une attente prolongée peut facilement donner l’impression que « la vraie vie » commencera lorsque l’enfant sera là.
On peut repousser certains projets.
Se demander s’il est raisonnable de partir en vacances.
Hésiter avant de prendre un engagement professionnel.
Surveiller davantage son téléphone.
Organiser sa vie autour de la possibilité d’une nouvelle.
Ces réactions peuvent être compréhensibles lorsque le projet d’adoption occupe une place importante.
Mais attendre ne signifie pas que tout doit être arrêté.
Le cadre institutionnel lui-même ne présente pas l’attente comme une période durant laquelle les candidats devraient simplement patienter. La réforme de l’adoption de 2022 a introduit une préparation à l’adoption pendant la procédure d’agrément, précisément pour aider les candidats à construire leur projet au regard des réalités de l’adoption et des besoins des enfants en attente d’une adoption.
La préparation fait donc partie du parcours.
Mais elle n’a pas vocation à remplacer la vie quotidienne.
Être disponible ne signifie pas être constamment en alerte 🚨
Dans certaines familles, le téléphone peut devenir le symbole de l’attente.
Chaque appel peut faire naître un espoir.
Chaque notification peut être vérifiée immédiatement.
Une journée sans nouvelle peut sembler particulièrement longue.
Il est évidemment nécessaire de respecter les modalités de contact et les consignes données par les professionnels qui accompagnent chaque parcours.
Mais, lorsque cela est compatible avec ces modalités, il peut être utile de distinguer être joignable et être constamment en état d’alerte.
Pouvoir poser son téléphone pendant un repas.
Faire une activité sans le consulter.
Profiter d’une sortie.
Regarder un film.
Dormir sans attendre une notification.
Ces gestes ordinaires ne signifient pas que l’on pense moins à son projet.
Ils permettent simplement de conserver des espaces dans lesquels l’attente n’occupe pas toute la place.
Continuer à faire des projets 🏗️
L’incertitude peut rendre les projets difficiles.
Pourquoi réserver des vacances si un apparentement peut modifier les plans ?
Pourquoi commencer une nouvelle activité ?
Pourquoi prévoir quelque chose plusieurs mois à l’avance ?
Ces questions sont légitimes.
Mais l’absence de calendrier précis ne signifie pas nécessairement qu’il faut renoncer à tout projet.
Il n’existe pas de délai universel permettant de savoir quand une famille sera apparentée à un enfant. Le ministère rappelle d’ailleurs que l’adoption d’un enfant privé durablement de famille est une rencontre entre les besoins d’un enfant et le projet de personnes souhaitant devenir parents.
L’attente ne permet donc pas de connaître à l’avance la date à laquelle cette rencontre aura lieu.
Cela peut être difficile à accepter.
Mais c’est aussi une raison de continuer à construire le présent avec les informations dont on dispose réellement.
Préparer son projet sans tout organiser autour de l’enfant 🧸
Se préparer est important.
La préparation à l’adoption fait désormais partie du parcours d’agrément et doit permettre aux candidats de réfléchir à leur projet en tenant compte des réalités de l’adoption et des besoins des enfants.
Cette préparation peut passer par les informations transmises dans le cadre du parcours, les lectures, les rencontres, les formations ou les échanges avec d’autres familles.
Mais il existe une différence entre se préparer et chercher à tout prévoir.
On peut préparer son logement sans connaître tous les détails de la future vie familiale.
On peut s’informer sans chercher à anticiper chaque réaction de son futur enfant.
On peut réfléchir à sa parentalité sans pouvoir savoir exactement comment la rencontre se déroulera.
Le Guide des pupilles de l’État rappelle d’ailleurs que le choix d’une famille adoptive doit être réalisé en tenant compte des besoins effectifs de l’enfant concerné et, lorsque cela est possible, de ses souhaits.
La préparation doit donc laisser une place à la réalité de l’enfant qui sera rencontré, et non chercher à faire entrer cet enfant dans un scénario déjà écrit.
Dans le couple, l’attente peut se vivre différemment 🧑🤝👩
Deux personnes engagées dans le même projet peuvent ne pas vivre l’attente de la même manière.
L’une peut avoir besoin d’en parler régulièrement.
L’autre peut préférer consacrer du temps à d’autres sujets.
L’une peut se montrer très optimiste.
L’autre peut avoir davantage de mal à se projeter.
Ces différences ne signifient pas nécessairement que les deux personnes ne sont pas également investies dans leur projet.
Elles peuvent simplement avoir des manières différentes de composer avec l’incertitude.
Plutôt que de chercher à savoir qui « vit correctement » l’attente, on peut parfois commencer par une question très simple :
« Comment vis-tu cette attente en ce moment ? »
La réponse peut changer d’une semaine à l’autre.
Et il n’est pas nécessaire qu’elle soit identique à celle de l’autre.
Faut-il parler constamment de son projet ? 🗣️
Pas nécessairement.
L’adoption peut devenir un sujet très présent dans les conversations avec les proches. Ceux-ci peuvent être heureux pour les futurs parents, curieux, impatients de connaître la suite et désireux de les soutenir.
Mais l’entourage peut également multiplier les questions :
« Vous avez des nouvelles ? »
« Ça avance ? »
« Vous savez quand ce sera ? »
Lorsque les réponses sont inconnues, ces questions répétées peuvent devenir difficiles à vivre.
Les futurs parents peuvent alors avoir besoin de définir eux-mêmes ce qu’ils souhaitent partager et avec qui.
Il est parfaitement possible de dire :
« Nous vous donnerons des nouvelles lorsque nous en aurons. Pour le moment, nous préférons ne pas parler du délai. »
Ce n’est pas cacher son projet.
C’est poser une limite autour d’une période intime et incertaine.
Et si l’on a simplement envie de penser à autre chose ? 💭
C’est peut-être l’un des points les plus importants.
On peut avoir envie de parler d’autre chose.
De partir en week-end.
De rire avec ses amis.
De regarder une série.
De se consacrer à son travail.
De pratiquer une activité qui n’a absolument aucun rapport avec l’adoption.
Cela ne signifie pas que le projet est moins important.
Une pause n’est pas un abandon.
Il n’est pas nécessaire d’être constamment tourné vers l’enfant à venir pour être engagé dans son projet de parentalité.
Et il n’est pas non plus nécessaire de transformer chaque journée d’attente en journée de préparation.
L’attente peut aussi être un temps de rencontres 🤝
Continuer à vivre ne signifie pas nécessairement chercher à oublier.
La période d’attente peut aussi être l’occasion de rencontrer des personnes qui connaissent cette réalité.
Les associations de familles adoptives permettent notamment des échanges d’expériences et des rencontres entre personnes engagées dans un parcours d’adoption.
Pour EFA63, c’est précisément l’une des fonctions des temps de rencontre proposés aux adhérents : ne pas rester seul face aux questions qui peuvent émerger au fil du parcours.
L’expérience d’une autre famille ne donne pas une recette applicable à tous.
Mais elle peut permettre de découvrir que certaines interrogations sont partagées.
💡 En pratique : faire une place à l’attente sans lui donner toute la place
Il n’existe pas de méthode universelle pour vivre l’attente.
Mais une question peut aider :
« Quelle place l’attente occupe-t-elle actuellement dans ma vie ? »
On peut ensuite regarder concrètement :
Ce qui appartient au projet d’adoption
Les démarches, la préparation, les informations, les rendez-vous et les échanges nécessaires.
Ce qui appartient à ma vie actuelle
Mon travail, mes amis, ma famille, mes loisirs, mes projets, mes vacances.
Ce qui me fait du bien
Les activités qui permettent de souffler, de rire, de réfléchir à autre chose ou simplement de retrouver un quotidien ordinaire.
L’objectif n’est pas de rendre l’attente « productive ».
Il s’agit de pouvoir continuer à vivre pendant qu’elle se poursuit.
Quand l’attente devient trop envahissante 🌊
Il est normal que l’attente provoque des émotions difficiles.
Mais si elle finit par prendre une place telle que le quotidien devient durablement difficile à vivre, il peut être utile de chercher du soutien.
En parler avec son ou sa partenaire.
Échanger avec une autre famille.
S’adresser à une association comme EFA63.
Ou, lorsque cela apparaît nécessaire, solliciter un professionnel.
Demander de l’aide ne signifie pas que l’on ne supporte pas son projet.
Cela peut simplement signifier que l’on a besoin de ne pas porter seul ce que cette période fait vivre.
Nous reviendrons plus précisément sur cette question dans le quatrième article du dossier :
Quand l’attente devient lourde : comment savoir qu’on a besoin de soutien ?
🔎 Un point de repère
La préparation à l’adoption n’est pas uniquement une préparation matérielle à l’arrivée d’un enfant.
Le ministère indique qu’elle doit permettre aux candidats de construire leur projet au regard des réalités de l’adoption et des besoins des enfants en attente d’une adoption.
Cela donne une autre manière de regarder la période d’attente : elle peut être un temps pour mieux comprendre l’adoption et les besoins des enfants, sans pour autant devoir devenir une période entièrement consacrée à la préparation.
Ce que nous retenons chez EFA63
L’attente peut prendre beaucoup de place.
Mais elle n’a pas besoin de prendre toute la place.
On peut continuer à faire des projets.
On peut prendre des vacances.
On peut travailler.
On peut rire.
On peut avoir besoin d’une pause.
On peut parler d’autre chose.
On peut aussi, certains jours, trouver l’attente particulièrement difficile.
Tout cela peut coexister.
Continuer à vivre n’est donc pas tourner le dos à son projet d’adoption.
C’est reconnaître que, pendant que l’avenir reste incertain, le présent continue, lui aussi, à compter.
📂 Dans notre dossier « L’attente »
Article précédent :
→ L’attente en adoption : pourquoi est-elle si particulière ?
À suivre :
→ Se préparer à l’arrivée de l’enfant sans tout imaginer
→ Quand l’attente devient lourde : comment savoir qu’on a besoin de soutien ?
🎙️ L’attente racontée par une famille — prochainement dans Les Voix de l’adoption.
📚 Sources et références
Enfance & Familles d’Adoption, Accueil n°217, décembre 2025 — « Les chemins de l’attente ». Dossier consacré à l’expérience de l’attente en adoption et à ses différentes dimensions.
Ministère du Travail et des Solidarités, Adopter un enfant, publié le 4 mars 2022, mis à jour le 1er octobre 2025. Cette ressource présente notamment le cadre de l’agrément et précise que la loi du 21 février 2022 a institué une préparation à l’adoption pendant la procédure d’agrément.
Ministère chargé des Solidarités / Conseil national de l’adoption, Les enfants pupilles de l’État — Édition 2025, guide juridique et opérationnel actualisé. Le document précise notamment que le choix d’une famille adoptive s’effectue au regard des besoins effectifs de chaque enfant et, lorsque cela est possible, de ses souhaits.
France Enfance Protégée / Observatoire national de la protection de l’enfance, Guide des pupilles de l’État : une approche médico-psycho-sociale, 2025. Ce guide présente notamment des pratiques d’accompagnement des enfants pupilles et les enjeux liés à leur histoire et à leur projet d’adoption.