Huit ans d’attente : Yannick et Sylvain racontent leur parcours d’adoption
Huit années.
Huit années entre l’obtention d’un premier agrément et l’appel qui leur annoncera qu’un enfant pourrait devenir le leur.
Dans ce nouvel épisode des Voix de l’adoption, Yannick et Sylvain nous racontent leur parcours, leurs doutes, leurs moments de découragement, la manière dont ils ont traversé cette attente à deux et le rôle que les rencontres avec EFA ont progressivement joué dans leur histoire.
Un témoignage particulièrement riche, parce qu’il ne raconte pas seulement l’attente.
Il raconte aussi comment continuer à vivre pendant qu’elle dure.
🎙️ Un parcours qui ne ressemble pas à une ligne droite
Lorsque Yannick et Sylvain commencent leur projet d’adoption, ils savent peu à peu que le parcours sera plus long qu’ils ne l’imaginaient.
Le premier agrément leur demande déjà deux années de démarches et de rendez-vous. Puis vient une attente de huit ans.
Avec le recul, ils portent aujourd’hui un regard nuancé sur cette première période. Ils estiment notamment qu’ils auraient eu besoin d’être davantage informés et mieux accompagnés dans la construction de leur projet.
Le deuxième agrément leur permet ensuite de reprendre leur projet avec davantage d’informations et de recherches.
Mais l’attente reste longue.
🌱 « Il y avait le projet d’adoption, il y avait la vie courante »
C’est probablement l’une des idées les plus fortes de leur témoignage.
Malgré les années d’attente, Yannick et Sylvain expliquent qu’ils n’ont pas souhaité mettre leur vie entre parenthèses.
Ils ont continué à sortir, à voyager, à faire la fête et à vivre leur quotidien.
« Il y avait le projet d’adoption, il y avait la vie courante. »
Pour eux, vivre uniquement pour un projet qui avance très lentement aurait fini par devenir trop difficile.
Cette manière de faire écho directement à la question que nous posons dans notre deuxième article :
Comment continuer à vivre lorsque l’on attend une nouvelle qui peut changer toute sa vie ?
Leur réponse n’est pas de nier l’attente. Elle consiste à lui laisser une place sans lui donner toute la place.
Ils continuent parallèlement à s’informer, à participer aux rendez-vous nécessaires et à faire évoluer leur projet.
Le projet d’adoption existe dans leur vie ; il ne remplace pas leur vie.
💬 Les hauts et les bas de huit années d’attente
Pour autant, cette manière de continuer à vivre ne signifie pas que l’attente est facile.
Yannick et Sylvain racontent des moments particulièrement difficiles.
Voir un autre couple, qui avait obtenu son agrément après eux, accueillir un enfant pouvait être très douloureux.
Ils parlent de « hauts » et de « bas », parfois très importants.
À certains moments, ils ont même cessé de parler du projet avec leur entourage.
Parce que les questions revenaient constamment :
« Alors, ça avance ? »
Et lorsqu’il n’y avait aucune nouvelle, il fallait à chaque fois expliquer à nouveau le fonctionnement de l’adoption.
Pour eux, ces questions les ramenaient constamment à l’attente.
Ne plus en parler leur a finalement permis de retrouver un peu de respiration.
🤝 Le couple comme point d’appui
Dans les moments les plus difficiles, Yannick et Sylvain expliquent que leur principal soutien a été leur couple.
Ils ne vivaient pourtant pas l’attente exactement de la même manière.
L’un se décrit comme davantage anxieux et stressé.
L’autre explique plutôt vivre au jour le jour.
Cette différence leur a finalement permis de se compléter.
Lorsque l’un était dans un moment difficile, l’autre pouvait contribuer à le soutenir.
« On se soutenait l’un l’autre. »
Ils expliquent également que l’attente n’a pas fragilisé leur couple. Avec le recul, ils ont même le sentiment qu’elle les a probablement soudés davantage.
Mais ils rappellent aussi que leur couple disposait déjà d’une histoire commune importante lorsqu’ils ont commencé ce parcours.
Leur expérience ne constitue donc pas une recette universelle.
Elle montre simplement qu’au sein d’un même couple, deux personnes peuvent vivre une même attente différemment tout en pouvant se soutenir.
👥 Quand l’entourage ne comprend pas toujours
L’entourage occupe une place importante dans leur témoignage.
Yannick et Sylvain expliquent avoir parfois eu le sentiment que leurs proches ne comprenaient pas réellement ce qu’ils traversaient.
Ils évoquent notamment les questions répétées, mais aussi les attentes de certains membres de la famille qui vivaient eux-mêmes l’arrivée d’un petit-enfant comme un projet important.
Pour les futurs parents, la situation était différente :
« C’est notre projet. »
Ils ont progressivement appris à poser des limites et à expliquer à leurs proches que certaines questions pouvaient être difficiles à entendre.
Cette expérience rejoint une question que nous avons déjà abordée sur EFA63 : comment répondre aux questions de l’entourage sans avoir à revivre son attente à chaque conversation ?
🏠 Ne pas se couper du monde
Il serait pourtant trompeur de retenir l’idée qu’ils se sont repliés sur leur couple.
Au contraire, Yannick et Sylvain insistent sur l’importance de continuer à avoir une vie sociale.
Ils expliquent qu’ils ont continué à être entourés, à sortir et à faire des activités.
Pour eux, ne pas se renfermer était essentiel.
« Il ne faut pas se renfermer sur soi dans ce projet-là. »
Cette distinction est importante :
se protéger de certaines questions n’est pas s’isoler.
Il est possible de poser des limites à ce que l’on souhaite partager tout en continuant à vivre pleinement avec les autres.
☕ La rencontre avec EFA : découvrir que son projet est possible
Dans leur parcours, les rencontres avec EFA ont progressivement pris une place importante.
Yannick et Sylvain parlent notamment des informations qu’ils ont pu obtenir, mais surtout des rencontres humaines.
Pour eux, rencontrer d’autres familles a permis de mettre des visages et des expériences derrière un projet qui pouvait parfois sembler très abstrait.
Ils racontent notamment l’importance d’avoir rencontré d’autres couples d’hommes ou de femmes ayant eux-mêmes adopté.
Ils insistent également sur l’importance de pouvoir parler avec d’autres familles autour d’un café, demander conseil ou simplement échanger.
« Il ne faut pas hésiter. »
Ils reconnaissent eux-mêmes que franchir le pas de la première rencontre peut demander un peu de temps mais qu’il s’agit d’un pas en avant important pour mieux vivre le projet.
📞 Et puis, un mercredi, le téléphone sonne
Après des années d’attente, le moment qu’ils espéraient arrive presque de manière irréelle.
Un mercredi, Sylvain est à l’hôpital. Yannick sort du travail lorsqu’il reçoit un appel de l’ASE.
Un enfant pourrait leur être confié.
Ils n’y croient pas immédiatement.
Ils réécoutent même le message pour être certains d’avoir bien compris.
Le rendez-vous est fixé deux jours plus tard.
Et soudain, après huit années pendant lesquelles le temps semblait parfois immobile, tout s’accélère.
⏳ Une semaine à la fois très longue et très courte
Le vendredi, ils apprennent quelques d’informations sur l’enfant qui pourrait leur être confié.
Ils doivent ensuite donner leur réponse.
Le week-end leur paraît interminable.
Puis vient la décision.
Ils apprennent alors qu’il s’agit d’un petit garçon.
Et quelques jours plus tard, ils peuvent le rencontrer.
Ils passent plusieurs jours avec lui au sein de la famille d’accueil qui s’occupe de lui avant qu’il ne rejoigne leur domicile.
Cette période est particulière :
Longue pour attendre de le revoir, courte pour tout préparer.
En quelques jours, il faut préparer concrètement ce que l’on avait imaginé pendant des années.
Mais cette fois, il ne s’agit plus d’imaginer un enfant.
Il est là.
❤️ Rencontrer l’enfant réel
Yannick et Sylvain racontent cette première rencontre comme un moment très fort.
Ils passent plusieurs journées avec leur fils, d’abord auprès de la famille d’accueil, puis à leur domicile.
Ils décrivent les premiers temps comme une période presque irréelle.
Ils parlent d’un « nuage », d’un cocon dans lequel ils sont tous les trois.
Ils avaient attendu pendant huit ans.
Et soudain, leur enfant était là.
Cette expérience rejoint directement ce que nous avons développé dans notre troisième article du dossier :
💡 Ce qu’ils conseillent à ceux qui commencent leur attente
À la fin de l’entretien, il leur a été demandé quel conseil ils donneraient à une personne ou à une famille qui commence son attente.
Leur réponse tient en plusieurs idées très simples :
- continuer à vivre en dehors du projet d’adoption ;
- rester unis ;
- continuer à s’informer ;
- faire évoluer son projet lorsque cela est nécessaire ;
- venir à EFA et rencontrer d’autres personnes ;
- ne pas avoir peur de demander de l’aide.
Ils insistent également sur l’importance de pouvoir rencontrer des personnes qui connaissent cette réalité.
Parce qu’un témoignage peut parfois apporter quelque chose qu’aucun document ne peut complètement transmettre :
la possibilité de se dire que son projet est possible.
🎙️ Écouter l’épisode
Dans cet épisode des Voix de l’adoption, Yannick et Sylvain racontent leur parcours avec beaucoup de recul et de sincérité.
Ils parlent de leurs huit années d’attente, des moments de découragement, du couple, de l’entourage, de leurs rencontres avec EFA, de l’apparentement et des premiers jours avec leur fils.
Un témoignage qui ne donne pas de recette.
Mais qui montre, de l’intérieur, ce que peut représenter une attente longue et comment une famille peut continuer à avancer malgré l’incertitude.
🎧 Retrouvez l’épisode « L’attente racontée par Yannick et Sylvain » dans Les Voix de l’adoption.
Retrouvez également cet épisode sur Apple Podcast 🎧
📂 Retrouvez le dossier « L’attente »
Cet épisode vient compléter les quatre articles de notre dossier consacré à l’attente en adoption.
→ L’attente en adoption : pourquoi est-elle si particulière ?
→ Vivre l’attente sans mettre sa vie entre parenthèses
→ Se préparer à l’arrivée de l’enfant sans tout imaginer
→ Quand l’attente devient lourde : comment savoir qu’on a besoin de soutien ?
Le dossier sera prochainement complété par des ressources pratiques et une infographie.
🤝 Et si vous traversez vous aussi une longue attente ?
Le témoignage de Yannick et Sylvain est leur histoire.
Chaque parcours d’adoption est différent et aucune expérience ne permet de prévoir celle d’une autre famille.
Mais leur témoignage rappelle une chose essentielle :
Vous n’avez pas à vivre votre parcours seul.
Rencontrer d’autres familles, participer à un groupe de parole, échanger avec une association ou demander un accompagnement lorsque cela devient nécessaire sont autant de possibilités.
EFA63 est là pour permettre ces rencontres, ces échanges et ces moments de soutien.
📚 Sources et références
- Entretien avec Yannick et Sylvain, réalisé pour le podcast Les Voix de l’adoption, 2026. Témoignage enregistré et retranscrit à partir de propos parfois reformulés.
- Enfance & Familles d’Adoption, Accueil n°217, décembre 2025 — « Les chemins de l’attente », dossier consacré aux différentes dimensions de l’attente dans les parcours d’adoption.
- Enfance & Familles d’Adoption, ressources nationales consacrées à l’accompagnement des familles et au soutien entre pairs.
Les éléments relatifs au parcours personnel de Yannick et Sylvain sont présentés comme leur témoignage et ne constituent pas une description générale de tous les parcours d’adoption.